Lycéens en colère, casseurs en embuscade : ne confondons pas, ne cédons pas !

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Depuis plusieurs semaines, des centaines de lycées sont bloqués, certaines universités également, et plus de 250 000 jeunes ont défilé le 6 octobre. Bâtiments dégradés, classes surchargées, professeurs non remplacés, Parcoursup : ces revendications sont sérieuses et méritent des réponses.

Mais ce mouvement charrie aussi ce que nous ne connaissons que trop : poubelles incendiées, mortiers d’artifice, vitrines brisées, affrontements avec les forces de l’ordre et dégradations de biens publics. Et, plus grave encore, des élèves, des personnels de l’Éducation nationale et des membres des forces de l’ordre ont été blessés. Des enseignants et des chefs d’établissement ont été agressés. Des adolescents ont également été grièvement atteints. Dénoncer ces violences, quelles que soient leurs victimes, ne revient pas à les mettre sur le même plan : cela signifie qu’aucune ne doit être oubliée ni considérée comme un dommage acceptable.

Je vois se développer un discours qui traite ces débordements comme une fatalité. Pourtant, l’immense majorité de ceux qui expriment leur colère ne casse rien ; de même, la plupart des manifestants ne cautionne pas les dégradations. La colère ne suffit donc pas à expliquer la violence, encore moins à la justifier.

Plus grave encore, certains responsables politiques présentent ces violences comme « compréhensibles », voire légitimes. Or, une violence ne devient pas acceptable parce qu’elle sert son camp. Ceux qui la justifient aujourd’hui auraient-ils la même indulgence si ses auteurs défendaient leurs adversaires ? La règle doit être la même pour tous : la violence n’a pas de camp.

Aujourd’hui, lycéens, étudiants et « gilets jaunes » sont appelés à défiler ensemble. La colère contre la vie chère est réelle et mérite d’être entendue. Mais aucune revendication ne donne le droit de casser, d’agresser ou d’empêcher les autres de vivre et de travailler. Les organisateurs doivent prendre leurs responsabilités pour prévenir les débordements et coopérer avec les autorités.

Que faire ? D’abord, faire en sorte que les auteurs des dégradations contribuent effectivement à leur réparation. La loi anticasseurs de 2019 mérite d’être réexaminée : ce n’est pas aux contribuables de payer les pots cassés. Il faut aussi rouvrir le débat sur un dispositif majeur de la loi anticasseurs de 1970 : la responsabilité collective. Strictement encadrée par la loi, elle permettrait d’adapter la réponse pénale à des violences commises dans un cadre collectif, lorsque les mécanismes de responsabilité individuelle ne suffisent pas à répondre à la réalité des faits, ce qui est largement démontré depuis des années.

Pour les mineurs, la loi de juin 2025 a déjà renforcé les possibilités de responsabiliser les parents. Encore faut-il que ces dispositions soient effectivement et pleinement mises en œuvre, dans le respect du droit et en tenant compte de chaque situation. La réparation doit être une conséquence concrète des dégradations, et non un simple principe affiché mais, en réalité, quasiment jamais suivi d’effet.

Je propose également qu’un bilan public recense les dégâts, leur coût pour les collectivités et les sommes effectivement récupérées auprès des responsables. La fermeté ne doit pas se limiter aux déclarations : elle doit se traduire par des conséquences concrètes.

Les blocages illégaux de lycées et de facultés doivent par ailleurs pouvoir être levés dans le respect du droit. Empêcher des élèves d’étudier ou des personnels de travailler ne saurait devenir un moyen de pression sans limites.

Enfin, l’État doit répondre aux difficultés de l’Éducation nationale et aux préoccupations liées au pouvoir d’achat par des mesures concrètes. Répondre aux revendications est nécessaire ; céder à la violence ne l’est pas. Le dialogue démocratique ne peut fonctionner si ceux qui enfreignent la loi obtiennent davantage que ceux qui respectent les règles.

Déplorer ne suffit pas. Déplorer n’empêche pas. Déplorer ne répare pas. La République doit à la fois entendre les revendications légitimes, protéger ceux qui subissent les violences et faire respecter la loi. C’est à cette condition que l’immense majorité de nos concitoyens pourra retrouver confiance.

Publié le 17 octobre 2026.

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